Lorsqu’une personne crée sa propre musique, elle cherche souvent à obtenir le meilleur d’elle-même, à pousser le perfectionnisme jusqu’au bout. Et ce perfectionnisme va principalement l’appliquer à deux éléments :

  • La musicalité : la beauté de la mélodie, de l’harmonie, etc…  Les perfectionnistes de la musicalité font partie de la catégorie des mélomanes
  • La beauté du son. Eux, on les appelle les audiophiles.

Les mélomanes passent leur vie à modifier et remodifier quelques notes, à rajouter une variation dans la musique. De leur côté, les audiophiles règlent minutieusement leurs amplis, leurs synthés et tout autre matériel audio coutant une fortune pour obtenir LE son.

Je pense sincèrement qu’ils ont tous les deux raison. La musicalité et la sonorité sont deux des éléments les plus importants en musique. Mais se concentrer uniquement sur ces deux seuls aspects revient à mettre de coté un troisième, qui peut faire la différence entre une musique de haut vol et une compo de débutant. Et ce troisième est… roulement de tambour :

L’équilibre de l’arrangement !

S’il n’y avait qu’une seule règle à respecter, ce serait la suivante :

Chaque chose à sa place. C’est bien ça, chaque instrument doit trouver sa place dans le mix. J’ai créé une méthode simple à comprendre pour représenter cet équilibre; je l’ai nommée :

Les 3 dimensions de l’équilibre musical :

1ère dimension : la hauteur du son. 

Dans un morceau de musique, les instruments ne jouent pas tous dans la même plage de fréquence sonore. Il y a des instruments qui jouent dans les graves, d’autres dans les médiums et d’autres dans les aigus. Jusque-là je pense que je ne vous apprends rien.

Prenons pour exemple une chanson rock avec comme instruments un chanteur, une guitare, une basse, une batterie et quelques percussions supplémentaires.

Voici un petit schéma de la répartition des instruments sur la plage de fréquence audible.

 

 

Note : Si la batterie est présente sur toute la plage sonore, on peut la subdiviser par percussions : La grosse caisse est dans les graves, les caisses claires dans les médiums et les cymbales dans les aigus. 

 

 

Comme vous pouvez le voir, les instruments se chevauchent, c’est inéluctable. À moins de composer un duo entre une contrebasse et une chanteuse soprano, vous aurez forcément plusieurs instruments sur la même plage sonore. Votre mission : éviter cela au maximum. Le pire exemple serait un groupe composé de deux guitares qui jouent toutes les deux dans les médiums, une batterie qui joue principalement sur la caisse claire (donc dans les médiums) et un chanteur à la voie… médium. Tout le monde joue dans les médiums ça donne une bouillie musicale et l’auditeur n’arrive pas à discerner les instruments. Vous devez faire tout l’inverse, jouer bien jusqu’au fond des basses et jusqu’au bout des aigus. Laisser des plages de fréquences inutilisées serait gâcher de la place. Et de la place, on en manque crucialement en musique. ;)

Comme le j’ai dit un peu plus haut dans l’article, si vous avez un minimum d’instruments qui jouent, il est impossible que les instruments ne se «chevauchent» pas. Mais ça n’est pas grave, limiter cette superposition peut être suffisant pour que les instruments se distinguent les uns des autres. Mais le travail ne s’arrête pas là. Il y a d’autres choses à faire pour composer un morceau clair et équilibré.  Alors, passons à la deuxième dimension.

 

2ème dimension : la forme

Maintenant que chaque instrument a trouvé sa place, que faire de ceux qui se bousculent sur la même fréquence ?

Et bien, si deux instruments jouent dans les mêmes fréquences, pour bien les distinguer, il suffit qu’ils jouent différemment. Prenons pour l’exemple un cas classique. Si un piano et une guitare jouent tous les deux dans les médiums aigus. Ces deux instruments doivent se différencier. Si la guitare joue des accords tenus, le piano préfèrera des arpèges. Si le piano joue une partie de rythme, la guitare aura intérêt à jouer une partie de solo ou un riff de type solo (c’est à dire jouer les notes les unes à la suite des autres plutôt que de gratter toutes les cordes en même temps).

En procédant de cette manière, on arrive à distinguer les deux instruments même s’ils jouent en même temps. Reprenons l’exemple précédent. La guitare joue un accord tenu, cet accord est entendu en fond sonore par l’auditeur tandis que des arpèges ou un solo se feront distinguer note par note grâce à leur caractère ponctuel.

Vous pensez avoir tous les éléments en main pour créer un tube interplanétaire, mais votre morceau manque encore de clarté ?

Rassurez-vous, vous avez encore une chance d’arriver à vos fins avec la troisième dimension !

3ème dimension : le temps 

J’aimerais parler de ce qui est à mon sens le défaut numéro un des jeunes groupes de rock qui foisonnent dans le monde entier. Leur musique ne respire pas ! Chaque instrumentiste joue comme s’il était soliste. Dans le fond c’est normal pour deux raisons : La première c’est que chacun a envie de se faire entendre, on veut impressionner les filles envoyer du gros solo, de la grosse rythmique. Le silence à quelque chose d’angoissant et ils l’évitent. La deuxième c’est qu’un musicien amateur répète plus souvent seul qu’en groupe. Quand on joue en solo on doit donner de la matière auditive seul sans l’aide de personne ni en concurrence avec qui que ce soit. Mais lorsqu’on joue en groupe, les règles du jeu changent, il faut trouver un terrain d’entente musicale entre chaque instrument.

La musique doit respirer, le silence fait partie de la musique. La solution au vacarme instrumentale réside dans l’alternance entre les instruments. Par exemple, la guitare peut jouer sur le temps et le piano sur le contre temps, c’est une idée parmi beaucoup d’autres, mais c’est à vous de créer votre propre cocktail de musique subtil et aéré.

Conclusion : 

Récapitulons les 3 dimensions de l’équilibre musical :

  1. 1. La hauteur du son
  2. 2. La forme
  3. 3. Le temps

J’ai choisi cet ordre, car il me paraît être le plus logique pour la création musicale.

Lorsqu’on a bien travaillé sur l’étape 1 et qu’il n’y a plus grand-chose à faire pour améliorer le morceau, on passe à la deux, etc…

En lisant cet article, vous vous êtes demandé s’il je ne m’éloignais pas de la composition en elle-même pour parler du boulot de l’ingénieur du son. Mais l’équilibre doit se faire lors de la composition, avant le mixage. Le rôle de l’ingénieur du son est principalement de corriger les défauts d’arrangement et d’enregistrement. Cependant, une bonne musique ne nécessite pas d’être corrigée, tout au plus sublimée. J’ai déjà entendu un ingénieur du son dire : « Ce morceau est déjà super, je n’ai pas grand-chose à faire dessus. Il ne faut pas se sentir obligé de modifier quoique ce soit quand la matière de base est bonne. »

Pour finir j’aimerais vous donner un bon exemple en matière de respiration et d’équilibre :

Ce morceau respecte tout à fait les règles indiquées ci-dessus :

La basse est très grave le violon est très aigu, les instruments alternent et jouent de manières différentes, il y a des silences. Résultat… on distingue bien chaque instrument et c’est un plaisir à écouter.

Maintenant à vos instruments et à vous de jouer !