Quels sont les facteurs qui font qu’un compositeur est bon ou mauvais ? Voilà une bonne question, bonne et complexe aussi. Chaque musicien possède sa propre relation avec la musique. Le père de Mozart apprit à ce dernier la théorie musicale dès l’âge de 3 ans, ce qui lui permit d’écrire sa première symphonie à 8 ans. En revanche, Michel Polnareff ouvrit pour la première fois un livre pour apprendre la guitare à l’âge de 20 ans, le premier chapitre de ce livre lui apprit 3 de bases (LA majeur, MI majeur, RE majeur) grâce auxquels il composa sans attendre La poupée qui fait non. Même si Michel Polnareff n’est pas le meilleur compositeur de tous les temps, il faut avouer que la rapidité de la performance est honorable. Un autre cas, celui de Van Halen qui compose tous ses morceaux à l’instinct sans utiliser la théorie.

Les profils sont si divers qu’il semble impossible de trouver quelle est la meilleure approche à prendre vis-à-vis de la musique. Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas tous les facilités de Van Halen et je suis convaincu qu’une connaissance de la théorie musicale ne peut être qu’un plus, mais jusqu’à où ? Un excès (tout comme un manque) de connaissance théorique ne peut-il pas nuire à la créativité ? Il semblerait que oui. Pour voir un peu plus clair parmi les différentes mauvaises approches de la musique, nous allons étudier ensemble des cas fréquents de « mauvais musiciens ».

Jeune rocker débutant

C’est un cas fréquent que celui des groupes de rock composés d’adolescents. Mais seulement peu d’entre eux arrivent à se démarquer des autres. Leur musique a trop souvent un goût de déjà vu, quelque part entre Les BB Brunes et les Plasticines. Les principaux défauts de ces groupes : le manque de connaissance musicale et d’originalité.

Tout d’abord, ces musiciens composent souvent leur musique à la guitare en se servant de la géométrie du manche ou de quelques riffs ou enchainements d’accords inspirés d’autres chansons. De ce côté-là, ça peut donner un accompagnement correct. Là où ça coince, c’est quand le chanteur s’y met. En effet on sent tout de suite que la mélodie de la voix n’a pas été composée à l’instrument comme l’accompagnement, mais directement à la voix. Dans de nombreux cas, cela donne une mélodie vocale basique et maladroite. Cette situation est bien normale. Penchons-nous sur la méthode utilisée. Tout d’abord on crée des suites d’accords et des riffs, ensuite il faut créer la mélodie vocale et là, faute de connaissance sur le choix des gammes à utiliser en fonction des accords de la chanson, on s’en remet à la voix qui trouve instinctivement les notes qui sonnent bien. Le revers de la médaille est que la voix ne parvient pas à aller chercher les notes subtiles et plus inattendues, et se contente de notes solides, mais aux possibilités limitées. Une meilleure connaissance des techniques de composition pourrait résoudre ce problème.

Deuxième problème : le manque d’originalité. En effet ces rockers ne jurent que par le rock, veulent vivre le stéréotype du groupe cool et populaire du lycée et pour cela reproduisent les codes de ce type de musique. Quand on met son casque sur les oreilles et qu’on écoute un groupe qu’on adore, la passion de la musique nous fait désirer plus que tout d’être à leur place, de faire comme eux et de réussir comme eux. Mais qui vous écoutera si vous créer la même musique que le groupe the Kooks mais en moins bien, noyé dans des milliers d’artistes du même genre ? Oublions ce que les autres font et créons notre propre style sur lequel personne ne viendra nous concurrencer. Tel est le meilleur moyen de composer une musique de qualité.

Voici un groupe qui devrait faire un tour sur ce site:

Artiste électro un peu trop geek 

Ces dernières années, les immenses progrès de l’informatique ont simplifié grandement le travail des musiciens. Plus besoins de dénicher un instrumentiste jouant d’un instrument en particulier, on peut désormais recréer n’importe quelle configuration musicale avec une fidélité variable grâce à un ordinateur et une palette de logiciel. C’est une bonne chose, car le musicien qui sommeille en chacun de nous peut s’exprimer sans pour autant se lancer à temps plein dans la musique. Cependant, ce progrès présente quelques défauts. Tout d’abord, un ordinateur n’est pas une interface qui stimule la créativité. L’un des plus grands freins à la créativité est le fait de s’installer devant son ordinateur sans la moindre idée et de se dire « bon maintenant je fais quoi ? » Les logiciels offrent des possibilités infinies de sonorités, effets et traitements du son. Lorsqu’on passe des heures à chercher un son parmi une multitude d’instruments virtuel, on s’éloigne de l’essentiel qui est la mélodie et l’harmonie du morceau. On laisse en quelque sorte l’ordinateur composer à notre place, du moins en partie. Cela se ressent dans la plupart des titres électro et autres remix d’un niveau médiocres. On sent que l’attention a été portée sur les sonorités et les effets, mais la musicalité est extrêmement simpliste et répétitive.

De plus, créer de nouvelles sonorités est extrêmement difficile, l’artiste se retrouve à la fois compositeur et luthier. Une autre option est d’utiliser les sons prédéfinis par l’ordinateur ; pour ce qui est des instruments traditionnels comme le violon ou le piano, cela ne pose pas de problème, car l’approche de la musique est la même qu’avec un instrumentiste. En revanche, quand il s’agit de sons synthétiques, la création sonore devient une part même de l’arrangement et laisser l’ordinateur s’en charger revient parfois à lui déléguer une partie de la création musicale. Un ordinateur n’est pas un artiste et ne pourra jamais le remplacer, la création musicale même lorsqu’il s’agit d’effet électronique doit venir de la volonté de l’artiste. Si celui-ci intègre un effet ou une sonorité trouvé par hasard dans son logiciel, cela à autant de chance d’être un chef d’œuvre que si Léonard de Vinci avait lancé des jets de peinture au hasard sur Mona Lisa, c’est impossible. Une œuvre est avant tout une œuvre de l’esprit de l’artiste, ne l’oubliez jamais.

L’expert dans sa bulle 

Ce type de compositeur correspond souvent au professeur de musique qui baigne dans la musique depuis tout petit et connaît la théorie musicale sur le bout des doigts. Même si ce type de personne peut avoir de très bons goûts musicaux et être bon pédagogue, lorsqu’il s’agit de composer, son expertise en musique laisse apparaître le revers de la médaille. Ces connaisseurs sont aptes à créer une musique riche et complexe, loin de l’influence des mauvais titres commerciaux. Si on demande à quelqu’un si c’est de la bonne musique, il répondra oui, mais cette personne va-t-elle écouter cette musique plusieurs fois pendant des semaines ? La réponse est non. Et c’est là qu’est le problème : les professeurs des génies de la musique en connaissent plus en théorie que leur élève, mais c’est ce dernier qui crée des tubes. Le problème vient du manque de recul vis-à-vis de la musique, à force d’étudier la musique et de penser musique, on oublie d’aller à l’essentiel, on crée des œuvres musicales qui s’apparentent à des exercices de solfège que personne ne souhaite vraiment écouter. On compose pour soi au lieu de composer pour les autres ; le problème est qu’un expert a une approche de la musique totalement différente de celle d’un amateur. Un bon compositeur doit avoir des connaissances théoriques pour exploiter au mieux son potentiel, mais trop de théorie crée une barrière à la créativité. Il est important de garder une partie d’instinct dans la musique, se concentrer sur la beauté musicale, la simplicité et l’authenticité.

Le guitare hero performeur

Ce type de personne est un peu similaire au précédent. En effet, ce type de guitariste est capable de jouer à une vitesse folle avec des effets à gogo. Mais est-ce réellement de la bonne musique ? Trop peu souvent. Dans ce cas, la guitare est devenue un sport de compétition. Et la musique d’un guitare héro est une musique de guitariste pour les guitaristes. C’est la pratique intense de l’instrument qui modifie son rapport avec la musique, éloignant le musicien de l’objectivité musicale nécessaire à la création de bonne musique.

Voici un exemple de solo trop complexe:

En conclusion, n’oubliez pas que l’influence de votre milieu et de votre état d’esprit sont des facteurs clés de votre créativité. Faites attention à ne pas sombrer du côté obscur de la force qui ne se trouve pas toujours où l’on s’y attend.